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Pas de repreneur familial : quelles options réalistes pour votre entreprise

13 juillet 2026 · Par Reinhard Voelkel
Sentier forestier qui se divise en deux, dans la brume du matin

Le fils dirige son propre cabinet d'architecture à Bâle, la fille a refusé net lors du dernier repas de famille : passé le choix qu'on croyait naturel, il reste, pour la propriétaire d'une PME suisse, essentiellement deux chemins pour organiser la suite, pas dix. D'un côté, transmettre à quelqu'un qui continuera d'exploiter l'entreprise, qu'il vienne de l'intérieur ou de l'extérieur. De l'autre, sortir sans confier les rênes à un repreneur unique, en dotant une fondation ou en liquidant dans l'ordre. Le reste, souvent présenté comme une liste de cinq ou six options distinctes, n'est qu'une déclinaison de ces deux familles.

Deux colonnes comparant les options de transmission sans repreneur familial : MBO, MBI et acquéreur stratégique d'un côté, fondation actionnariale et liquidation ordonnée de l'autre
Deux familles d'options, une fois la piste familiale écartée

Un repreneur qui poursuit l'exploitation : MBO, MBI ou stratégique

Le management buy-out mobilise un ou plusieurs cadres déjà en poste, qui rachètent l'entreprise avec l'appui d'une banque et souvent d'un crédit vendeur. C'est la voie la plus rapide à enclencher quand un directeur opérationnel ou un responsable commercial a déjà fait ses preuves, encore faut-il l'avoir repéré et préparé des années à l'avance, ce qui recoupe directement ce que nous détaillons dans notre article sur préparer la relève interne. Le management buy-in introduit à l'inverse un dirigeant externe, recruté spécifiquement pour reprendre : plus lent à mettre en place puisqu'il faut d'abord le trouver et vérifier qu'il connaît le métier, mais utile quand aucun cadre interne ne veut ou ne peut porter le rachat.

L'acquéreur stratégique, souvent un concurrent ou un acteur du même secteur, paie généralement le prix le plus élevé des trois formules, précisément parce qu'il peut faire disparaître des coûts qu'un MBO ou un MBI ne peuvent pas toucher, un site en doublon, une fonction administrative dupliquée. Nous détaillons ailleurs comment séquencer l'information avec ce type d'acheteur ; ce qui compte ici, c'est qu'il reste, comme le MBO et le MBI, quelqu'un qui continue d'exploiter l'entreprise, avec l'essentiel des équipes en place. C'est ce trait commun qui distingue cette première famille de la seconde.

Entre ces trois variantes, la vraie question n'est pas laquelle est la meilleure dans l'absolu, mais laquelle correspond à ce que l'entreprise a déjà sous la main. Un MBO suppose un cadre capable de porter à la fois la dette et la direction opérationnelle dès le lendemain de la signature, ce qui se prépare, ne s'improvise pas au moment où la famille dit non. Un MBI comble l'absence de ce profil interne, mais ajoute un risque que le MBO n'a pas : celui de confier l'entreprise à quelqu'un que les équipes et les clients n'ont jamais vu à l'œuvre. Le stratégique règle ce problème de continuité opérationnelle puisqu'il connaît déjà le métier, au prix d'une exposition plus grande de l'information pendant le processus, à gérer avec un ordre de divulgation pensé en amont plutôt que dans l'urgence d'une demande.

Le financement, dans les deux cas, dessine ce qui est vraiment possible

Le MBO et le MBI partagent une contrainte que l'acquéreur stratégique n'a pas : le repreneur emprunte contre les flux futurs de l'entreprise elle-même, dette bancaire, crédit vendeur, parfois un investisseur minoritaire en fonds propres. Cette structure, que nous décrivons plus en détail dans comment l'acheteur finance la reprise, limite mécaniquement ce que le cadre ou le dirigeant externe peuvent offrir, comparé à un stratégique qui dispose de fonds propres ou de synergies à faire valoir immédiatement. Un dirigeant qui espère, d'un MBO, le même prix qu'un acquéreur stratégique se prépare une négociation qui n'aboutira pas : ce n'est pas la même logique de valorisation, et le vouloir revient à comparer deux familles d'options sur un seul critère alors qu'elles n'en partagent pas les mêmes contraintes.

Sortir sans repreneur unique : fondation ou liquidation ordonnée

La fondation actionnariale existe en Suisse, mais reste rare dans le tissu des PME : elle consiste à transférer la propriété à une fondation dotée d'une mission, préserver l'emploi local, financer une œuvre, garder le siège dans la région, qui conserve ensuite l'entreprise sous un mandat de gouvernance plutôt que sous un actionnaire individuel. Le mécanisme a du sens pour une entreprise déjà dotée d'une direction opérationnelle solide et indépendante du propriétaire, capable de fonctionner sans lui dès le premier jour ; il implique des frais de mise en place non négligeables et renonce, de fait, à un prix de vente classique puisque personne ne rachète les parts.

La liquidation ordonnée reste l'option qu'on envisage le moins volontiers, et pourtant la plus honnête quand aucun repreneur crédible ne se présente à un prix qui couvre les dettes et les engagements envers le personnel. Vendre les actifs, machines, stocks, portefeuille de contrats, plutôt que les titres de la société, prend plusieurs mois mais protège le dirigeant d'un rachat mal financé qui s'effondrerait dix-huit mois après la signature. Elle a aussi une conséquence fiscale à anticiper avec un fiscaliste, en particulier autour de la liquidation partielle indirecte quand des réserves distribuables restent dans la société au moment de la sortie, un sujet que nous développons dans notre article sur la fiscalité de la succession en Suisse.

Les deux voies, critère par critère

CritèreUn repreneur poursuit l'exploitationSortie sans repreneur unique
Délai typique6 à 18 mois selon le profil du repreneur12 à 24 mois, souvent davantage pour une fondation
Qui fixe le prixNégociation avec un acheteur identifiéPeu ou pas de prix classique (fondation) ou valeur des actifs (liquidation)
FinancementDette bancaire, crédit vendeur, parfois earn-outFrais de constitution (fondation) ou coûts de liquidation
Équipes en placeGénéralement maintenues, transition à accompagnerConservées sous mandat (fondation) ou licenciées (liquidation)

Le prix le plus élevé n'est pas toujours la bonne mesure : ce que vaut la sortie se juge aussi à ce qu'elle protège, l'emploi, les engagements pris, la suite du métier.

Le choix entre ces deux familles tient rarement à un chiffre isolé. Une entreprise portée par une équipe de direction solide, avec un candidat interne déjà identifié et une clientèle qui ne dépend pas d'un seul carnet d'adresses personnel, se prête naturellement à un MBO. Un secteur en consolidation, où plusieurs acteurs cherchent à grandir par acquisition, ouvre la voie stratégique et son prix plus élevé, au prix d'une confidentialité à gérer plus finement. L'absence de tout repreneur crédible, ou une activité dont la valeur tient surtout à des actifs plutôt qu'à une exploitation continue, oriente vers la liquidation ordonnée. La fondation reste réservée aux cas où la mission compte davantage que le produit de la vente, et où l'entreprise peut déjà tourner sans son propriétaire.

Aucune de ces voies ne se décide en une soirée, ni ne s'improvise après le refus des enfants. Le temps qu'il faut pour préparer un MBO, documenter une liquidation ou doter une fondation se compte en années plutôt qu'en mois, ce qui ramène la vraie question à un moment plus tôt qu'on ne le pense : celui où l'on arrête d'attendre une réponse de la famille pour commencer à regarder, sérieusement, les autres chemins. Ceux qui hésitent encore entre la piste familiale et ces alternatives trouveront un cadrage plus large dans notre article sur cession, transmission familiale ou MBO.