Six mois d'accompagnement valent souvent mieux que deux ans

Six mois ou vingt-quatre : la durée pendant laquelle vous resterez dans l'entreprise après le closing tient en une ligne du contrat de vente, et cette ligne est le plus souvent écrite par l'acheteur. Il demande long, parce que long le rassure. Le vendeur accepte, parce qu'il ne veut pas paraître pressé de partir et parce que deux ans « en soutien » semblent un détail à côté du prix. C'est cette bifurcation qu'il faut trancher avant de signer : une transition courte et dense, ou une présence longue et diluée. Elles ne conviennent pas aux mêmes situations, et la seconde coûte au vendeur quelque chose qu'il ne mesure qu'après.
Ce que la durée fait au transfert d'autorité
L'accompagnement sert à transférer ce qui ne se transfère pas par contrat : les relations clients, les arbitrages de prix, la connaissance des personnes, les habitudes de la maison. Ce transfert a un rythme propre, et il est plus court qu'on ne le croit quand il est organisé. Dans les mandats que je conduis, l'essentiel des relations et des décisions change de mains dans les trois premiers mois, à condition que quelqu'un l'ait planifié. Ce qui reste ensuite relève de la disponibilité ponctuelle, pas de la présence quotidienne.
Passé un seuil, la présence du cédant cesse d'aider et commence à freiner. Tant qu'il est dans les murs, l'équipe continue de lui apporter les questions difficiles, les clients continuent de composer son numéro, et le repreneur, par courtoisie ou par prudence, tarde à trancher contre l'avis de son prédécesseur. J'ai décrit ailleurs les pièges de cette cohabitation ; le point ici est que la durée en est la cause première. Un accompagnement de deux ans ne donne pas deux fois plus de transfert qu'un accompagnement d'un an : il installe deux fois plus longtemps une autorité à deux têtes.
Et il coûte au vendeur. Vingt-quatre mois de présence, même à temps partiel, c'est vingt-quatre mois pendant lesquels vous êtes lié à une entreprise qui ne vous appartient plus, sans le pouvoir de la diriger, souvent pour une rémunération inférieure à ce que vous gagniez. Si un earn-out court en parallèle, cette situation se double d'un enjeu financier que j'ai traité dans le choix entre earn-out avec maintien en poste et sortie nette. Et les projets que vous aviez pour l'après attendent.
Sept critères pour fixer la durée réelle
La bonne durée ne se déduit ni de la taille de l'entreprise ni de la nervosité de l'acheteur. Elle se déduit de ce qui doit concrètement passer d'une personne à l'autre, et de qui reçoit. Le tableau ci-dessous est celui que j'utilise pour poser la question avant la lettre d'intention, quand le vendeur a encore la main sur la structure.
| Critère | Plaide pour court (3 à 6 mois) | Plaide pour long (12 à 24 mois) |
|---|---|---|
| Qui reprend | Un cadre interne ou un acquéreur de la branche, qui connaît déjà le métier | Une personne extérieure à la branche, qui découvre le secteur et l'organisation en même temps |
| Ce que les clients achètent | Un produit, un procédé, une capacité | Une relation personnelle avec vous |
| Où vit le savoir | Dans des procédures, des plans, des dossiers tenus à jour | Dans votre tête et dans quelques têtes proches |
| Le cycle commercial | Court : le repreneur voit un cycle complet en quelques semaines | Long : commandes annuelles, certifications, saisonnalité forte |
| La seconde ligne | Un comité de direction qui tourne déjà sans vous | Une équipe qui remonte tout au propriétaire |
| La structure du prix | Prix payé au closing, garanties classiques | Earn-out ou prêt vendeur importants, qui lient votre argent aux résultats |
| Votre projet | Un après déjà engagé : mandats, autre activité | Aucun projet, et un besoin de rester utile |
Trois cases de droite sur sept ne font pas un accompagnement de deux ans : elles désignent trois chantiers à mener avant la vente, ou à organiser autrement pendant la transition. Presque tout ce qui figure dans la colonne de droite, hormis le profil de l'acheteur, dépend de la préparation. Une entreprise dont la dépendance au dirigeant a été réduite deux ans avant la mise en vente arrive à la négociation avec une colonne de gauche remplie, et la question de la durée se règle d'elle-même.
Raccourcir sans inquiéter l'acheteur
L'acheteur qui demande vingt-quatre mois ne veut pas vingt-quatre mois. Il veut la certitude que rien ne lui échappera. Cette certitude peut lui être donnée autrement que par votre présence, et c'est ce qu'il faut mettre sur la table à la place d'un simple « six mois suffiront », qui, lui, l'inquiéterait à juste titre.
D'abord, un plan de transfert écrit, annexé au contrat : la liste des clients, fournisseurs, contrats et décisions à passer, avec pour chacun une date et une personne qui reçoit. Un acheteur qui voit ce document comprend que le transfert est une suite d'actes, pas une durée. Ensuite, une présence dégressive plutôt qu'un bloc : temps plein le premier mois, deux jours par semaine les deux suivants, puis disponibilité sur appel. Le calendrier annoncé fait davantage pour la stabilité de l'équipe qu'une présence continue et sans terme. Troisième pièce, un mandat de conseil distinct du contrat de vente, avec un nombre de jours, un tarif journalier et une date de fin, plutôt qu'un contrat de travail qui vous ferait salarié de votre ancienne entreprise. Quatrième pièce, l'option d'extension : l'acheteur peut demander des jours supplémentaires au-delà du terme, au même tarif, dans une limite convenue. Cette clause lui donne la sécurité qu'il cherchait, et elle est rarement exercée, parce que trois mois après le closing, le repreneur veut être seul chez lui.
Enfin, découplez la durée de la clause de non-concurrence et de l'éventuel earn-out. Ce sont trois horloges différentes. L'acheteur les additionne volontiers en une seule demande de « présence », alors que la première protège la clientèle, la deuxième ajuste le prix, et seule la troisième concerne le transfert. Quand elles sont distinguées, la durée de l'accompagnement retombe presque toujours en dessous de douze mois.
Imaginez une entreprise de services informatiques de 25 personnes, dont le fondateur, 60 ans, vend à un groupe de la branche ; cas de figure, pas un client. L'acquéreur demande deux ans. Les clients traitent avec des chefs de projet ; le savoir est documenté ; un directeur des opérations tient la maison. Le seul point de la colonne de droite est un contrat-cadre public, renouvelé chaque printemps, que le fondateur négocie personnellement. La réponse tient en quatre mois de présence dégressive, une clause qui le fait revenir pour la seule négociation du contrat-cadre suivant, et une option de jours supplémentaires. L'acheteur obtient ce qu'il voulait vraiment. Le vendeur récupère vingt mois.
À qui convient quoi
Une transition courte, de trois à six mois, convient au vendeur qui a préparé son entreprise, qui vend à quelqu'un du métier, dont les clients achètent une capacité plutôt qu'une personne, et qui a un projet pour la suite. Elle convient aussi, et c'est moins intuitif, à l'entreprise elle-même : le repreneur prend l'autorité pendant que l'équipe l'attend encore de lui, et non après qu'elle s'est habituée à deux patrons.
Une transition longue, de douze mois et parfois davantage, se justifie dans deux cas seulement : un repreneur extérieur à la branche, qui a réellement besoin d'un cycle complet à vos côtés, ou un savoir critique que personne d'autre ne détient et qu'on n'a pas eu le temps de documenter. Même alors, elle doit être dégressive, écrite et rémunérée en mandat. Un accompagnement long parce que l'acheteur l'a demandé et que vous n'avez pas osé répondre n'est ni l'un ni l'autre : c'est un an de plus dans une maison qui n'est plus la vôtre, et la question à vous poser, avant de signer cette ligne, est ce que vous comptez en faire.
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