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Comment transmettre son entreprise à ses enfants ? Vérifiez d'abord que leur oui aurait pu être un non

10 octobre 2026 · Par Reinhard Voelkel
Dessin au feutre d'une porte de maison ouverte, vue de face ; la lumière passe par l'ouverture et une cale cuivre posée au sol tient la porte ouverte

Cette liste s'adresse au parent qui veut transmettre son entreprise à un fils ou à une fille et qui doit savoir si le oui qu'il entendra est une envie ou une dette. C'est tout ce que la motivation veut dire ici : un oui qui ne pouvait pas être un non ne mesure rien.

La réponse courte : vous transmettez à un enfant quand son oui aurait pu être un non sans rien lui coûter, ni sa part d'héritage, ni sa place dans la famille, ni son revenu. Tant que le non reste impossible, ce que vous tenez, c'est de la loyauté. Et la loyauté cède plus tard, pas le jour de la signature.

Dans les transmissions familiales que je suis, elle casse rarement avec fracas. Elle cède à bas bruit, souvent au bout de trois ou quatre ans, quand l'enfant cesse de décider sans jamais partir. Prenons un cas que j'invente : une entreprise de chauffage et sanitaire de 18 personnes, un père de 63 ans, une fille de 31 ans, ingénieure dans une entreprise plus grande, à deux heures de route. La question tombe pendant un repas de famille, quelque part entre le rôti et le café. Voici ce qu'il pourrait faire à la place.

Onze étapes, d'avant la question jusqu'à la transmission

  1. Faites en sorte qu'un non ne coûte rien. Un non peut coûter à un enfant l'une de trois choses, et vous les connaissez déjà : l'héritage, la famille, le revenu. Tant que l'une des trois est en jeu, un oui ne vous apprend rien de ce qu'il veut vraiment.
Scène dessinée deux fois : la même table de cuisine, un parent et un enfant adulte assis face à face ; en haut, marqué avant, une seule réponse sur la table, le parent pousse vers l'enfant une carte unique déjà cochée ; en bas, marqué après, deux réponses sur la table, une carte cochée et une carte barrée posées entre eux, et l'enfant tend la main vers l'une d'elles
Rendre le non possible
  1. Sachez ce dont hérite encore un enfant qui dit non, puis dites-le-lui. Cela dépend du droit de votre pays et de ce que vous mettez par écrit : posez la question à votre notaire ou à votre conseil, puis dites-le à votre enfant en une phrase avant de lui demander quoi que ce soit. En Suisse, par exemple, la loi garantit à chaque enfant la moitié de ce qu'il recevrait sans testament, quoi que dise le testament. Là, ce qu'un parent donne de son vivant à l'enfant qui reprend, l'entreprise par exemple, est compté sur sa part quand les héritiers partagent la succession, sauf si le parent a expressément décidé autrement. L'équité entre celui qui reprend et les autres commence ici.

  2. Payez au moins le salaire du marché. L'enfant qui reprend doit gagner au moins ce qu'il toucherait ailleurs pour le même poste. Un oui qui coûte un revenu n'est pas un oui libre.

  3. Dites la même chose à tous vos enfants, le même jour. Un non se dit bien plus facilement quand les frères et sœurs ne l'entendront pas comme « elle a refusé, donc maintenant il faut vendre ». Si deux d'entre eux veulent l'entreprise, la règle tient de la même façon, avec davantage en jeu.

  4. Posez la question à une date fixée, avec un préavis. Annoncez la question à l'avance et convenez du jour où la réponse est attendue. Une question qui revient à chaque repas de famille devient une pression, si doucement qu'on la pose.

  5. Envoyez-le d'abord travailler ailleurs. Deux ou trois ans dans une autre entreprise, avec un chef qui n'est pas vous, avant de demander. Son oui arrive alors avec un point de comparaison. La fille de mon exemple en a déjà un : elle sait à quoi ressemble un lundi matin dans un bureau d'ingénieurs à deux heures de route.

  6. Séparez ce que vous remettez. Le poste de direction, la propriété et le nom de famille sont trois choses distinctes, quatre s'il y a une maison à côté de l'atelier. Posez la question pour chacune séparément. Bien des oui sont donnés au nom peint sur les camionnettes. Diriger l'entreprise avant de la posséder est une manière de les dissocier.

  7. Mettez le prix sur la table, et faites-en une vente. Dites le prix et la façon de le financer avant de poser la question : un oui donné à « l'entreprise » sans prix est un oui donné à un mot. Dans les transmissions que je suis, l'enfant apprend souvent le prix après avoir dit oui. Un enfant prêt à emprunter à la banque pour acheter l'entreprise à un prix juste la veut ; un enfant qui ne la prendrait qu'en cadeau vous dit quelque chose, lui aussi.

  8. Écrivez la sortie avant l'entrée. Convenez d'une période d'essai dans un vrai poste, avec une date de fin et une décision ce jour-là. Partir devient alors une décision plutôt qu'une trahison. Ce qui fait qu'un tel poste compte vraiment est une question à part entière.

  9. Écoutez ses mots, et regardez ce qu'il fait quand vous n'êtes pas là. « Je ne peux pas vous laisser tomber » et « après tout ce que vous avez construit », c'est la loyauté qui parle. « Je changerais la façon dont on fixe nos prix », c'est l'envie. Et en votre absence, appelle-t-il la fiduciaire avec des questions, va-t-il seul chez un client, lit-il les chiffres du mois ?

  10. Reposez la question un an plus tard. Un oui qui revient deux fois, à un an d'écart, une fois le prix connu et les années ailleurs faites, est un oui qui s'est construit. Alors seulement, vous transmettez.

Arbre de décision dessiné en escalier de trois questions : peut-il dire non sans rien perdre, a-t-il travaillé ailleurs, achèterait-il à ce prix ; chaque non tombe sur une marche plus bas, le non gratuit d'abord, travailler ailleurs, attendre un an et redemander ; les trois oui mènent à la marche cuivrée, oui encore un an après, transmettre
Leur oui est-il le leur ?

Qui reprend, c'est vous qui le décidez, en propriétaire. Rendre le non gratuit fait partie de la préparation de cette décision, et quelqu'un d'extérieur à la famille peut conduire ces onze étapes pendant que vous gardez la décision elle-même.

Alors imaginez le prochain repas de famille. Si votre enfant disait non au moment du café, qu'est-ce qui changerait vraiment pour lui le lendemain matin ?

Sources

Textes officiels consultés le 10 octobre 2026.